Journal de terrain
Qui est Christophe le fondateur de VisualProd Life ?
Le passé c’est l’histoire, le futur, un mystère, le quotidien, un cadeau.
On construit son avenir avec ce que l’on a vécu. C’est pourquoi nous avons souhaité vous raconter l’histoire de Christophe Beyssier, le fondateur de VisualProd-Life.
Il vous raconte …
Explorer, pour trouver une voie
Né au mans en 1970, je ne me destinais en rien à un métier en rapport avec la mer. Pas très assidu à l’école, mais avec des facilités je parviens sans trop d’efforts, à accéder en terminale D (scientifique). Mais ce qui me plaît vraiment, c’est la photographie. Je rêve de devenir reporter, et après les épreuves du BAC auquel je décide de ne pas me présenter, je monte à la capitale, comme on disait à l’époque, pour suivre une formation à l’illustration et à la photographie de presse.
Le milieu est déjà compliqué à l’époque, internet et les réseaux sociaux n’existent pas. Pour vendre des images il faut faire du porte à porte dans les agences et les magazines. Je ne parviens pas à percer dans ce domaine, et me dirige alors vers d’autres aventures, les sports et activités de plein air : Voile, alpinisme, escalade, spéléologie, randonnée …
De 1992 à 1993 j’effectue 20 mois de service national, obligatoire, mais au sein d’une association située en Lozère. On appelait ça une « objection de conscience ». N’ayant absolument rien contre l’armée, je préfère l’appeler Service Civil. Il permet de répondre à cette obligation envers la patrie mais en choisissant un domaine qui me passionne. Je suis chargé de la logistique des stages, l’organisme reçoit des groupes toute l’année pour parcourir la nature, bivouaquer.
Sans réels diplômes mis à part un CAP de photographie et un brevet d’initiateur d’escalade, je réalise que trouver un emploi ne va pas être simple. Je regarde les formations certifiantes existantes, et mon cœur balance entre devenir guide de haute montagne et skipper professionnel. Comme je pratique la voile depuis mes 14 ans et que j’ai quelques milliers de milles à mon actif, je choisis skipper, un premier pas vers la Marine Marchande, par la plus petite porte qu’il soit.
Brevet en poche j’embarque comme matelot sur un voilier traditionnel de 25 mètres, l’Audiernais. Nous sommes deux à bord avec le skipper, pour un bateau de 45 tonnes et portant 200 m² de voilure. Nous enchainons durant l’été jusque 5 promenades en mer pour les touristes, au départ d’Argeles sur Mer, dans le Golf du Lion, où les vents sont parfois … surprenants. Ce type de navire est une bonne école pour développer le sens marin, car tout est lourd, lent, il faut être malin pour maîtriser cette gabare d’Iroise.
Au printemps 1995 je traverse l’Atlantique sur un First 42 pour conduire ce navire neuf à sa nouvelle société de location. Arrivé aux Antilles je prends un billet d’avion pour le Venezuela afin de rejoindre un français que j’ai rencontré au salon nautique de Paris, et qui m’a promis un job. Job qui sera passionnant, puisqu’il s’agira de développer un programme de croisières au départ de l’île de Margarita, et d’en assurer la commercialisation, le tout en Espagnol, langue dans laquelle je m’améliore rapidement. Pas trop le choix, le fameux skipper n’en parle quasiment pas un mot, et ne veut pas faire l’effort de l’apprendre. Ce job sera passionnant mais peu rémunérateur. Le skipper pourrait être qualifié de bizarre, et c’est lorsque j’ai voulu qu’il me redonne mon passeport qu’il avait mis au coffre pour des soi-disant raisons de sécurité qu’il a tenté de m’égorger avec un tesson de bouteille de rhum qu’il venait juste de briser sur le bord d’un quai. Tenant plus à ma vie qu’à mon passeport je laisse tomber, ce n’est que quelques jours plus tard que sa compagne a pu me le rendre en douce. Je pense qu’elle s’est pris une bonne raclée quand il l’a appris. J’étais jeune, aventurier, et quelque peu inconscient sans doute.
Créer ma première entreprise
De retour en France je rejoins mes parents pour quelques semaines de croisière en Méditerranée. On me propose ensuite de patronner le voilier traditionnel Tante Fine basé à Fécamp. J’y travaille presque deux ans, j’aménage le bateau afin qu’il puisse organiser des croisières. Il se limitait jusque là à des promenades en mer de quelques heures. Travailler pour les autres, c’est bien, mais posséder son propre voilier reste un rêve. Avec ma compagne qui deviendra la mère de ma fille, nous choisissons de prendre le risque de nous lancer à notre propre compte. Nous rachetons le voilier traditionnel Portugais Albarquel, le restaurons et l’exploitons pendant une dizaine d’années : Croisières, sorties en mer, fêtes maritimes, départs de courses au large, ce navire est un beau support pour les particuliers et les entreprises qui veulent vivre ces événements en mer.
Au cours de cette décennie, les normes STCW évoluant, c’est au lycée maritime du Havre que j’obtiens mon brevet de capitaine 500 UMS. En 2007 nous vendons notre bateau, peu rentable, et j’ai l’opportunité d’embarquer d’abord comme matelot, puis d’être formé comme Capitaine à bord des remorqueurs portuaires de la SNRH. Certains d’entre vous connaissent cette société, qui avec l’appui de Kotug, une entreprise néerlandaise, a tenté de faire sa place, sans succès, dans le remorquage portuaire français, en s’attaquant à l’entreprise historique des « Abeilles », rachetées par Boluda. Ces années de tension sociales m’ont néanmoins mis le pied à l’étrier de ce métier passionnant de manœuvrier.
Devenir officier de la Marine Marchande
Ayant le sentiment d’avoir obtenu le fameux bâton de maréchal, et ne voulant pas en rester là, je prends une année de congé sans solde pour intégrer l’ENMM de Nantes où j’obtiens mon brevet d’officier de quart illimité et celui de Second Capitaine 3000 UMS, que je transforme de 2011 à 2014 en brevet de Capitaine 3000 UMS en faisant mes armes comme « Second » du trois Mâts Belem. Là encore, ce voilier exigeant, ses 48 passagers et ses 16 membres d’équipage m’imposent une grande rigueur, très formatrice.
En 2015 j’enchaîne les contrats courts chez TSM sur un remorqueur côtier, à Boluda Brest à bord de remorqueurs ASD ou Voight Schneider, à Saint Nazaire, avant que l’historique de mon passage à la SNRH ne refasse surface et ne déplaise à certains … et que la petite place que je m’étais faite sur les remorqueurs de la Loire ne s’achève, à mon insu. Un seul message à ceux qui me liront et qui connaissent cette histoire : Ce n’est pas parce qu’on travaille dans une entreprise qu’on est d’accord avec son fonctionnement, et comme pour chacun de nous le travail permet de payer ses factures, sa maison, élever ses enfants. Je n’irai pas plus loin dans le débat, c’est du passé, parfois un peu amer, mais bel et bien du passé.
Heureusement un recruteur me « chasse » grâce à mon compte LinkedIn, et début 2016 j’embarque au Gabon pour 5 belles années d’offshore pétrolier en contrat freelance pour Smit Lamnalco. Mes qualités certaines pour la manœuvre s’étoffent sur des AHTS dont le « DP » est communément appelé « Manioc » (en gros, pas de DP …), que les grues des plateformes (et parfois les grutiers) manquent de réactivité, et que le courant et les « tornades » (« grains » en Africain) compliquent la tâche. Le 12 février 2020 j’embarque sans le savoir pour ma dernière rotation en Afrique, la plus longue. En effet, c’est l’année COVID ! Le 21 mars je reçois mon billet d’avion électronique pour un retour prévu le 27 mars à la maison. Le 23 mars, comme dans « Mission Impossible », le billet s’autodétruit, accompagné de tout espoir de trouver un avion qui vole. Je finis par rentrer fin juin par un vol mensuel organisé par l’Ambassade de France, mon back-to-back ayant réussi à rejoindre le Gabon depuis le Sénégal.
Je décide alors de prendre quelques mois de repos et j’ai en novembre 2020 l’opportunité de faire le même métier, mais sur les côtes de France, à bord d’un AHTS de la toute jeune entreprise Alka Marine. J’interviens sur des missions au large comme le ravitaillement par 7 mètres de houle d’un navire scientifique situé au beau milieu du Golf de Gascogne ; son escale à Brest avait été refusée. Puis comme navire de soutien au DEME Innovation lors de la construction du premier parc éolien en mer français, devant la Baule, sur le banc de Guérande.
Un retour aux sources
C’est là que la passion de l’image refait surface, 22 ans plus tard. Lors des périodes « off » je documente les activités de construction du parc, et mon compte Linkedin prend peu à peu des tournures d’agence de photographie. EDF Renouvelables et DEME voient mes images, et me sollicitent pour en acquérir des droits d’utilisation. Je percute alors : Pourquoi ne pas associer mon expérience de la mer, mes compétences et mes connaissances du milieu, à mon goût pour la production d’images. L’envie de changement, de travailler à mon compte, d’arrêter d’embarquer 6 mois par an après plus de 25 ans de navigation me poussent à sauter le pas. Je passe mes certifications GWO (chaque domaine à ses normes de formations), mon brevet de télé-pilote de drone, ma visite médicale offshore et depuis 2022 je documente en photo et vidéo aussi bien la construction des parcs éoliens, la vie à bord des navires de commerces, les grands chantiers maritimes comme la restauration du phare de Tevennec (dont le livre que j’en est tiré est encore disponible) que des événements plus terrestres.
Devenir réalisateur de documentaire
En 2025, particulièrement touché par l’invasion à grande échelle de l’Ukraine depuis 2022, et sensibilisé à leur cause par le fait que j’ai souvent travaillé en Afrique avec des chefs mécaniciens Ukrainiens, je décide de m’y rendre pour réaliser mon premier long métrage documentaire « Ukraine : la vie malgré tout » qui s’intéresse non pas aux tranchées ou à la ligne de front, mais bien aux femmes et hommes qui subissent cette guerre de plein fouet dans leur quotidien. Ce film a été diffusé plusieurs fois à Nantes, à Oman, et des projections sont en cours de programmation aux USA, à Hong Kong et à Porto Rico par le biais des Alliances Françaises.
Ne jamais transiger avec ses valeurs
A bientôt 56 ans, je regarde derrière mois cette carrière riche en rencontres et en expériences , le plus souvent en mer, mais je regarde toujours devant pour ce que la mer et les gens de mer vont encore m’apporter dans ma nouvelle activité, je regarde devant vers les sujets de films documentaires que j’ai envie de réaliser, et le tout avec la conviction que l’humain est au cœur de nos expériences, les rencontres au cœur de notre vie, et que l’IA, les mensonges et la propagande ne trouveront pas toute leur place si des gens continuent de croire en une certaine forme d’humanité qui ne sera pas entièrement tournée vers le pouvoir, l’argent et l’individualisme.